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DIANE DETALLE


La Célébration de la lavande



Le  Pré des poiriers

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LA CELEBRATION DE LA LAVANDE

 

I

Lavande. Je me lavande. Je me baigne de la lavande. Je me lave. Et déjà l'on ratiocine.
Des philosophes, des grammairiens, des médecins et quelques pédants ont dit : La lavande s'appelle lavande parce que son nom dérive de lavando, gérondif du verbe latin lavare.
D'autres ont dit : Pas du tout. Et ils ont cru trouver son étymologie dans le mot grec labandita. D'autres encore ont dit n'importe quoi.
Or ce n'est pas vrai. La lavande s'est toujours appelée lavande. Et c'est parce qu'elle a subtilisé l'eau fraîche, rendu plus agréables les caresses du soleil, c'est parce qu'elle s'est rendue indispensable à celui qui veut se débarrasser des charmes de la nuit, que l'on a pris l'habitude de l'utiliser largement le matin, avec de l'eau et du soleil que l'on a dit :
Je me sers de lavande. Je me baigne de lavande. Je me lave.
Ainsi on ne se lave, on ne se baigne que parce que la lavande existe, et pas pour autre chose.
Avant elle, l'homme buvait l'eau et se cachait du soleil dans les baobabs. L'homme était couvert de poils. Il ne se lavait pas. Pourtant l'eau et le soleil existaient. La lavande était cachée. Très petite. Une tête grosse comme rien. Gris bleu comme une poussière.
Elle vivait d'elle-même. De l'essence même de son parfum. C'était l'époque où la Bible n'existait pas encore.
Puis vinrent des temps où les vents s'assemblèrent en tempêtes. Presque tout ce qui était mince fut arraché. L'homme secoué dans son arbre mit pied à terre, perdit ses poils. Et les lavandes jugèrent prudent de se grouper. Depuis, elles vivent en grandes touffes bleues et se débrouillent toutes seules.


II - La lavande est robuste

La lavande est robuste. La lavande est vivace. Elle ne craint rien. Ni personne. Ni les froids rigoureux ni les sécheresses prolongées, ni la mauvaise herbe.
Elle chasse la taupe. Désinfecte le putois. Blanchit les incisives du lièvre. Fait encore beaucoup de choses que l'on vous racontera.
Grattefossé, qui a été guéri d'une gangrène gazeuse par des applications d'essence pure de lavande, a dit, même : Le rôle de la lavande est providentiel.
Je le crois, mais pas pour les mêmes raisons. De toutes façons, dit-on toujours, sur le plateau de Valensole :
Bonne baiassière vaut mieux que champ de blé. En fait, la plus belle chose au monde est de savoir comment l'on s'appelle, et pourquoi l'on s'appelle ainsi. Tous les noms de ville font foi, et les noms d'homme pour la plupart.
Dis-moi comment tu t'appelles, je te dirai qui tu es. Je te dirai ce que tu fais, à quoi tu sers. Ainsi, je m'appelle Thomas, par mon nom qui dit bien ce que je suis, pareil à didyme, l'autre moi. Ou Claude, parce que je boite. Ou Dieulafoi, à cause de Proust. Et Cicéron à cause de mes verrues. Et Rousseau. Et Provence parce que la lavande l'a choisie.
La lavande est française, d'inclination. Comme le vin. Comme le fromage. Et je vous dirai que les crus de lavande sont aussi nombreux et subtils d'économie que les Côtes de Bourgogne, les châteaux de Bordeaux, et les sources.
Ce champ-là, de Latil, a plus d'esprit que celui de Brémont, ici. Pourtant rien ne les sépare que ce jeune chêne. Mais le champ de Brémont est moins camphré que celui de Maldonat. Et, de même qu'on titre le vin, qu'on le pèse, qu'on l'analyse, de même on pèse, on titre, et on analyse la lavande.


III - Alors, je vous dirai

Alors, je vous dirai que Didon, et quelques princes de sa maison, fuyant Tyr et ses frères sournois, avait songé à faire mettre dans ses coffres quelques bouquets de lavande.
On fait escale à Chypre. On double le Péloponèse. On remonte encore. Des cousins sont à Marseille. On fera de l'eau et des vivres aux îles qui la regardent.
Les îles du Levant étaient déjà trois, anonymes et nues. A son départ, pour les remercier de l'hospitalité, Didon essaima ses lavandes que ses secrétaires appelaient Stoechas.
Didon était près des dieux. De toute l'Antiquité, les îles d'Hyères et du Levant et Port-Cros et Porquerolles s'appelèrent entre elles les Stoechades. En français, les Dentelées. C'était en souvenir de Didon et de sa fleur venue de Phénicie.
Car tout vient de Phénicie. L'écriture. Dieu. Marseille. Carthage. Et la lavande. Et si tout ne vient pas de Phénicie, tout a été refait en Phénicie. Ou presque. On l'a oublié parce que les sables du Nil ont englouti la ville de Tyr.
Et qu'importe, après tout, s'il existe 53 ou 27 sortes de lavande, cataloguées en latin. Pour sa part, l'Index Kewensis en propose 48.
Viennent les pages où le grec et le latin vous donneront des indigestions de syllabes et d'accents.
A la page 123 de son Histoire naturelle des lavandes, le baron Frédéric de Gingins-Lassaraz, membre de la Société Helvétique des Sciences naturelles, commence cette litanie :
Classis. Exogenae. De C. Théor. Dicotyledones.
Juss. Gen. Subclassis. Corolliflorae. De C. Théor.
Monopetalae corolla hypogyna. Ordo labiatae...
Assez !
De beaucoup je préfère le tableau résumé qu'il donne de son travail, page 32.


IV - Voici donc la page trente-deux

TABLEAU CHRONOLOGIQUE DE LA DÉCOUVERTE DES ESPÈCES DE LAVANDES.

Avant l'an 50. Dioscoride : Lavande Stoechas
Avant l'an 76. Pline : Lavande

1541. Fuchs : Lavande véritable et Spic
1565. L'Ecluse : Lavandes dentées et multifide
1576. Lobel : Lavande pédonculée
1651. J. Bauhin : Lavande verte
1696. Plukenet : Lavande à feuilles d'aurone
1780. Linné Fils : Lavande pinée
1815. De Can. : Lavande des Pyrénées
1817. Poiret : Lavande à feuilles de coronope


V - Ainsi, je m'appelle

Ainsi, je m'appelle par mon nom qui dit bien ce que je suis. Et la lavande est faite pour cela. On se baigne pour elle. On se lave pour lui faire plaisir. On lui rend hommage à longueur de journée.
Car, l'eau avant elle était fraîche. Et le soleil doré, avant elle. Mais c'est elle qui nous a appris à nous servir de ces deux-là. Il y a aussi autre chose.
Des philosophes, des grammairiens, des médecins et quelques pédants ont encore dit :
La lavande pousse ( ou la lavande croît ) uniquement dans les terres arides. Dans les terres ingrates.
D'autres encore ont dit : Pas du tout.
Et ils ont expliqué n'importe quoi. Or ce n'est pas vrai.
La lavande aime aussi les terres riches et bonnes, comme les aiment les citrouilles et les pois. Mais les temps sont révolus où l'on ne vivait que de parfum. Le vrai est ceci : La lavande pousse ( ou croît ) partout où elle veut.
Elle est capable de tout. Puisque, en Angleterre, on la fume avec de la bière brune et des morceaux de plum-pudding. Du reste, en Diois et en Baronie, on affirme que ce sont les protestants, chassés par la Révocation de l'Edit de Nantes, qui ont introduit sa culture en Angleterre, par perversité.
Elle est capable de tout. Puisque, au Gabon, on lui donne des os de missionnaires en farine. Puisque, au Yémen, elle se contente de poils de chameaux.
Des voyageurs l'ont rencontrée en Suède, et en Livonie. Aux Indes...


VI - Elle peut vivre en éprouvette

Elle peut vivre en éprouvette. En bocal. En tube. Enfermée dans un placard au CNRS. On l'a vue faire le tour du monde dans des fonds de poche.
Mais... diront d'autres. Et les latitudes ? Et les longitudes ?
Dans ces cas-là, il faut répondre :
Et la lune ? qui est la reine des lavandes. Parce que cela me fait plaisir.
Enfin, puisque vous me poussez, voici pour les latitudes, données avec leurs longitudes par celui qui devient notre ami, le baron Frédéric de Gingins-Lassaraz, membre de la Société Helvétique des Sciences naturelles :
Toutes les espèces de lavandes, écrit-il, sont circonscrites entre le 30ème ( Suez ) et le 46ème ( Valais ) de latitude septentrionale, et le 20ème occidental ( Madère ), et le 30ème oriental ( Suez ) de longitude ( Méridien de Paris ).
Baron Frédéric de Gingins-Lassaraz, je vous aime !
Mais, ce que l'on ne dit pas, c'est que les gens du Midi sont des subtils. Qu'ils ont gardé le secret des lavandes de Didon et des princes de sa maison. Et qu'au blé, à la betterave, aux choux, aux artichauts, au maïs, aux pommes de terre, ils préfèrent les fleurs et les lavandes.
Ils savent que le blé et les avoines font éternuer. Que les betteraves sentent mauvais. Que les pommes de terre sont pour les Belges. Que les choux montent et gèlent.
On vit encore, parfois, dans le Midi, comme vivaient les disciples de Jésus. Au plus fort du soleil, ils tirent de leur besace un poisson sec. Ils grignotent une poignée d'olives. Ils prennent une figue au dessert. Et après avoir bu à une source, font une longue sieste, la tête contre une lose. Ainsi, la nuit, ils peuvent marcher longtemps sous les étoiles.


VII - La lavande, elle

La lavande, elle, nettoie tout autour de son pied. A son ombre le chiendent ne vient pas. Ni le pissenlit. Elle jouit de la géométrie de ses soeurs qui filent droit dans les lavanderaies et les baiassières. Elle fait autour de soi une zone-carapace de vide. Sa voisine n'est pas mitoyenne.
Il est bon, dit-elle, de voir seule, parfois, midi devant sa porte. Et sous le soleil, rien n'est plus important.
La lavande chasse le chiendent, l'ivraie et le plantain. Toutes ces graminées et ces herbacées qui rendent allergiques les gens des villes. Elle chasse la vipère. Le mulot. Les herbes des prairies, des steppes, des savanes. Le bambou et la canne à sucre. Les chênes truffiers vont autour, juste au ras de l'horizon.
Et la lavande ne pousse à l'ombre de personne. Celle, ni de l'olivier, ni du cyprès. Rien. Elle toute seule. Avec ses quatre animaux favoris : l'âne, parce qu'il tire l'alambic. L'abeille. Le grand garenne. Et la perdrix. Allons... parfois, l'alouette-lulu.
Si vous aimez les lavandes, vous vous foutrez, comme moi, de Théophraste et de Dioscoride. Pline vous amusera. Et, avec votre Virgile sous le bras, vous irez dans les jardins rustiques regarder les lavandes, là où l'on place communément les ruchers.
Géorgiques et pastorales lavandes, naturalisées par Didon, sur chacun des rivages de la Méditerranée. Et Ulysse, donc. Qui, pour cacher sa nudité devant Nausicaa, préféra au thym et à la menthe un bouquet de lavande et devint superbe et propre.
Quoi ? Ce n'est pas vrai ?


VIII - La Grèce d'aujourd'hui

La Grèce d'aujourd'hui, Madame, et la Palestine, et l'Asie mineure, et la banlieue de Carthage, ne sont plus ces pays frais de riants ombrages et de fertiles guérets, tant vantés par leurs poètes.
Chateaubriand l'a dit : Plusieurs fleuves, même, dont l'histoire a conservé les noms, sont effacés de ces terres classiques.
La civilisation des peuples nouveaux et des moeurs différentes modifient les climats et changent la végétation des pays.
Je pense à la chèvre à lait. Et au mouton. Ils ont tout digéré. Tout saccagé. Leurs petites dents plates ont tout coupé, tout broyé. Et ce qu'ils rejettent ne fleurit pas. On sait que, derrière soi, Attila tirait des troupeaux de chèvres et de moutons. C'était une herse monstrueuse qui hersait et ratissait. Et l'herbe ne repoussait pas.
Mais on sait, au Portugal, que si le mouton broute la lavande, sa chair devient incomparable. Linné, le fils, dit exactement : La chair des bêtes à laine qui, en Espagne, pâturent les collines où la lavande abonde, en contracte une saveur plus agréable.
L'âne tire l'alambic, et les abeilles en ruchers regardent. Elles vont aussi vers les tilleuls mais leur danse montre une préférence pour les lavandes. Et cela est sans doute de quelques poids dans la question qui nous occupe.
L'âne marche très bien et les Romains n'ignorent pas combien le miel participe des qualités utiles ou nuisibles des végétaux sur lesquels il a été recueilli. L'âne... eh, qu'il marche ! Nous suivrons d'abord les abeilles.


IX - La lavande est du nombre

La lavande est du nombre des plantes qui sont recherchées par les abeilles. Et dans les jardins rustiques, de toute antiquité, on mêlait au romarin des lavandes autour des ruchers.
Le miel d'Attique, vanté par Théophraste, le philosophe de Lesbos, devait sa réputation à l'abondance des parfums de lavande et de thym qui croissaient au mont Hymette.
Et Virgile a chanté l'odeur agréable du miel récolté sur la marjolaine, bien sûr, le serpolet, bon, le thym, évidemment. Mais sur la lavande d'abord.
Et la lavande répond aux préceptes de Varron. Enfin, non. C'est le contraire. Varron a observé...
Vous souriez ? Non, il ne s'agit pas du Consul romain, le collègue de Paul-Emile dont parlent Mallet et Isaac, celui, bref, qui livre et perd contre Annibal la bataille de Cannes.
Il s'agit de Varron, simplement, le poète.
On eut la bonne idée de tout perdre de lui. Exception faite de trois livres d'économie rurale. Ainsi, je puis vous dire que Varron souhaite, parce qu'il était gourmand, que l'on entoure les ruchers des plantes qui fournissent aux mouches à miel une nourriture abondante, de l'équinoxe du printemps à celui d'automne.
Or la lavande fleurit tout l'été.
L'âne, donc, tire l'alambic..... Bon. Il chasse sous son pas le coq de bruyère. Plus lourd maintenant, car il porte sa charge de nard.
Le nard est le parfum par excellence. Et le nard est lavande.
Souvenez-vous. C'est avec le nard que dans la maison de Simon le lépreux, Madeleine, la pécheresse, oignit les pieds du Seigneur. Saint Jean précise : les pieds. Marc affirme : la tête. Le nard n'est pas en cause. Et le nard est lavande.


X - C'est avec le nard

C'est avec le nard que se parfume l'épouse, dit le Cantique de Salomon.
Le nard est lavande et la lavande est mêlée aux actes essentiels de la vie domestique,de la vie religieuse, de la vie publique.
Son parfum est aphrodisiaque. Et les courtisanes de Rome l'avaient en grande estime. Et Mourre affirme : Il jouit encore aujourd'hui du même privilège auprès des femmes du Népaul.
Je n'ai pas fait cette expérience-là.
Le nard est le parfum par excellence, et toutes sortes de lavande le composent : les spica, les vera, les latifolia, les formosa, les coronopifolia, les carnosa, les augustifolia, les pedunculata, les vera de Candolle, que sais-je ? et les lavandes dentelées et les fleurs d'aspic.
Essence de nard. Huile d'aspic. Lavandes. Et le Mourrenieu et les Queirelet.
La lavande répand son charme, et ceux qui l'approchent ne peuvent rester insensibles. Pourtant, hier une femme m'a dit : Je n'aime pas la lavande.
Elle s'appelle Doris, et elle n'est pas la fille de l'Océan et de Téthys. Rassurez-vous. C'est une fille d'administration aux lèvres minces. Elle rit avec son nez, et rarement. Je voudrais effacer de mon souvenir une telle journée :
Doris, je vous chasse. Vous n'aimez pas la lavande que les Anglais cultivent. Et je vous compterai dorénavant au nombre des iules, des noctuelles, des écailles mouchetées qui portent une mandibule contre la lavande. Le ciron est meilleur. Et avec votre nez qui ne sent rien, vous avez plus de crochets, de barbilles, de pattes, d'anneaux et de maladies que je ne sais quel mille-pattes à cornes.
Tandis que vous, Christine de Pisan, vous serez sauvée. Car j'ai lu et relu les Dict de Poissy :
Du lieu où lavande croit
Et rosiers à grande foison.
Pour ce seul vers, Christine, je donnerai votre très curieux Livre des faits et bonnes moeurs du Roi Charles V, ainsi que le Livres des Trois Vertus.


XI - La lavande est céleste

La lavande est céleste. Elle est de la préparation de l'onguent sacré. Celui que l'on répand au moment des sacrifices pour l'ivresse des prières.
Propre à l'amour. Fumigations propitiatoires. Festins. Thérapeutique des médecins d'Alexandrie. La lavande apaise les douleurs.
Lavande du Christ aux épines, et du Christ Flagellé, et supplicié à mort. Lavande à l'amour chaste des époux. Oing, pour les corps lassés d'efforts et de veilles. Aspic en brin, pour les coussins : bourrés chez les malades. Très plats chez les autres.
Et vous Mardrus, vous serez sauvé, vous aussi, pour avoir traduit des Mille et une nuits, le poème de la lavande. Laissons-la dire ceci :
Oh, que je suis heureuse ! de n'être pas au nombre des fleurs qui ornent les parterres. Je ne risque pas de tomber entre les mains viles, et je suis à l'abri des discours frivoles.
Contre la coutume de mes soeurs les plantes, la nature me fait croître loin des ruisseaux, et je n'aime point les lieux cultivés et les terres civilisées.
Je suis sauvage. Loin de la société, mon séjour est dans les déserts et les solitudes, car je n'aime point me mêler à la foule. Comme personne ne me sème, ni ne me cultive, personne n'a à me reprocher les soins qu'il m'aurait donnés.
Libre. Je suis libre et les mains de l'esclave et de l'homme des villes ne m'ont jamais touchée.
Mais si tu viens dans le Nadjd d'Arabie, tu m'y trouveras. Là, loin des demeures des hommes pâles, les plaines spacieuses font mon bonheur.
Et la société des gazelles et des abeilles est mon unique plaisir. L'absinthe amère est ma soeur de solitude.
Je suis la bien-aimée des anachorètes et des contemplatifs. Et j'ai consolé Agar et guéri Ismaël.


XII - Libre

Libre. Je suis libre et semblable aux filles de sang noble que l'on n'expose point en vente dans les marchés des villes. Les libertins ne me cherchent point. Mais celui-là seul m'estime, qui, formant un destin inébranlable, se découvre la jambe et s'élance sur le coursier rapide, un brin de ma tige à sa tempe.
Je voudrais que tu fusses dans le désert du Nadjd, dont je suis originaire, lorsque la brise du matin erre auprès de moi dans les vallées. Mon odeur fraîche et aromatique parfume le bédouin solitaire, et mon exhalaison honnête réjouit l'odorat de ceux qui se reposent auprès de moi.
Aussi, lorsque le rude chamelier vient à décrire mes rares qualités aux gens de la caravane, ne peut-il s'empêcher de parler de moi avec attendrissement.
Derrière l'alambic vient le médecin.
Il a dans sa boîte à médecines plusieurs livres et fioles. Notamment Le Guidon des Apothicaires, et une fiole de térébenthine, une fiole de genièvre et une fiole d'aspic.
Il dit : La lavande est stomachique, antispasmodique, cholagogue, diurétique, sudorifique, carminative, stimulante, vermifuge.
Il ajoute : Voilà pourquoi on l'emploie contre le manque d'appétit, la flatulence, les coliques, l'hydropisie débutante, la jaunisse, les troubles du foie et de la rate, les nausées, les vertiges, la sang à la tête, les migraines et autres maux de crâne, la faiblesse générale, les congestions, les défaillances, l'épilepsie, la neurasthénie, les palpitations du nervosisme, le tremblement, l'asthme, la grippe, la coqueluche, le lymphatisme, la scrofulose, la laryngite, la leucorrhée, la faiblesse oculaire, les dyspepsies accompagnées de fermentations putrides et les phénomènes infectieux de troubles digestifs.


XIII - Il poursuit

Il poursuit : À l'extérieur, les lotions avec la décoction chaude de lavande sont souveraines contre les rhumatismes, la goutte, les enflures, les contusions, les ecchymoses, les épanchements sanguins, les luxations, les lésions de tendons.
Il explique : De la plante sèche, on fait des sachets que l'on applique sur les contusions et les engorgements atoniques.
Il conseille : Les bains chauds de lavande. Ils sont regardés comme particulièrement fortifiants pour les enfants et comme bienfaisants dans le rhumatisme, la goutte, la paralysie.
Il conseille encore : Les fumigations de lavande contre le catarrhe bronchique.
Il dit : Les fleurs de lavande macérées dans de l'eau-de-vie nettoient et mènent à la cicatrisation les vieux ulcères. Item, de l'essence de lavande antiseptique et cicatrisante. Item, de l'alcoolat de lavande qu'on emploie en lotion, en friction sur les ulcères atoniques, les douleurs rhumatismales, certaines maladies de la peau et du cuir chevelu.
Il recommande : Une pommade à l'essence de lavande dans le pansement des plaies, car elle les aseptise et les aide à se fermer.
Item, la teinture alcoolique. Diluée dans l'eau, prise en gargarisme elle lutte contre la paralysie de la langue.
Il conclut : Je la conseille enfin, après les maladies graves du poumon, la congestion pulmonaire et la pneumonie, en application d'essence sur la poitrine pour fortifier cet organe.