Point d'intérêt WEB
DIANE DETALLE


La Célébration de la lavande



Le  Pré des poiriers

AVANT-PROPOS

Vérité d'évidence, certes. Surtout que, avant la Révolution française déjà, Restif de la Bretonne faisait pratiquement la même chose.

Parfois, en effet, forcé de passer outre les éditeurs, ce typographe écrivain composait ses textes directement sur le marbre de l'imprimerie où il travaillait et les proposait, à peine sortis de presse, aux curieux qui passaient devant la boutique.

Quelques kilos de plomb pour les caractères, un rouleau encreur, une rame de papier, et deux pinces à linge pour faire sécher les pages sur une corde à la devanture de l'atelier. L'Encyclopédie, à quelques détails près, n'a pas manqué d'illustrer la scène.

Le soir le tour est joué. La feuille est disponible. La diffusion assurée. Mutatis mutandis, c'était de l'internet avant la lettre. Sans faire de comparaison hasardeuse, le procédé reste le même. Nihil novi sub sole.

Alors je pleure, en pensant à tous les écrivains qui, de Voltaire à Rousseau, à Machin ou à Baudelaire, tant d'autres avant et tant après, ne sachant pas manier la presse à bras, la brochure et le massicot, n'en finirent pas de fuir et de s'expatrier pour publier des textes qui ne correspondaient pas aux idées reçues de l'époque.

Aujourd'hui, je m'étonne seulement que nous ne soyons pas plus nombreux à nous affranchir des contraintes éditoriales. Mais la nouvelle ère culturelle s'impose. Le mouvement est amorcé. Qu'on le veuille ou non.

Un livre est comme un œuf, disait Gide, jadis. Une fois clos, on ne peut rien y ajouter, contrairement aux peintres qui peuvent toujours retoucher leurs tableaux. Grâce à internet, les livres, maintenant, sont comme les toiles. Et Gide a moins raison.

A la satisfaction d'organiser sa pensée en écrivant, ajouterai-je la joie toute particulière de ciseler une mise en forme de cent cinquante pages... Manque, certes, le plaisir tactile du livre. Mais pour quelques euros, l'imprimeur du coin vous emballera la douzaine d'exemplaires que vous offrirez à vos proches.

Reste la disparition de l'auteur. Avec l'ultime cérémonie, adieu domaine ! Je ne doute pourtant pas que l'on proposera bientôt sur le net, comme dans les cimetières, des concessions à perpétuité.

                                                                                                              Jean Bouvier Cavoret